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L’apprentissage de la langue française dans l’enseignement fondamental au Luxembourg: Contexte politique et renouveau didactique : organisation de l’apprentissage du français à l’école fondamentale et élaboration de nouveaux matériels didactiques

L’apprentissage de la langue française dans l’enseignement fondamental au Luxembourg
Contexte politique et renouveau didactique : organisation de l’apprentissage du français à l’école fondamentale et élaboration de nouveaux matériels didactiques
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Notes

table of contents
  1. Book Cover
  2. Title Page
  3. Editorial
  4. Introduction
  5. Contexte politique et renouveau didactique : organisation de l’apprentissage du français à l’école fondamentale et élaboration de nouveaux matériels didactiques
  6. Changement de paradigme au sein du matériel didactique
  7. Importance d’une mise en question :phase d’essai et phase d’évaluation
  8. Conclusion : une approche renouvelée allant au-delà du matériel didactique
  9. Références bibliographiques

Contexte politique et renouveau didactique : organisation de l’apprentissage du français à l’école fondamentale et élaboration de nouveaux matériels didactiques

Contexte politique et renouveau didactique

Der schulische Französischunterricht befindet sich in einer Umbruchsphase: Die Qualität des Unterrichts, bestehende Unterrichtstraditionen und veraltete Vorstellungen von (Fremd-) Sprachenlernen werden mehr und mehr in Frage gestellt. (Morys, 2019, p. 33)

L’enseignement du français se trouve dans une phase de transition : la qualité de l’enseignement, les cultures disciplinaires et les représentations dépassées en matière d’apprentissage des langues (étrangères) sont de plus en plus questionnées. (Notre traduction)

8Le constat de Morys rejoint l’affirmation du MENJE selon laquelle, « à l’école fondamentale comme au lycée, beaucoup d’élèves peinent avec l’apprentissage de la langue française. […] Le système éducatif se doit […] de transmettre aux enfants et aux jeunes les compétences en français nécessaires pour leur vie quotidienne, leur participation citoyenne et une insertion réussie dans le marché du travail » (2018, p. 2).

9Il va sans dire que le débat déclenché sur l’apprentissage du français au Luxembourg nous place surtout devant un grand défi : nous remettre en question, nous, acteurs de cet enseignement. La volonté de ce processus de remise en question est réaffirmée par l’évocation d’un « processus de refonte de l’enseignement du français » comme l’une des priorités de l’accord de coalition de 2018 (les partis de la coalition DP, LSAP et déi gréng, 2018, p. 64).

Organisation de l’apprentissage du français à l’école fondamentale

10Pour éclairer le contexte dans lequel s’ancre cette réforme, revenons dans un premier temps sur ses antécédents. En effet, la réorganisation de l’apprentissage du français s’inscrit dans un projet plus large d’une réflexion sur une éducation plurilingue.

11Depuis la rentrée scolaire 2017-2018, un programme d’éducation plurilingue est introduit dans les crèches pour favoriser une plus grande égalité des chances (Seele, 2016). Ce programme promeut, entre autres, une mise en contact des enfants avec les langues luxembourgeoise et française ainsi qu’une valorisation des langues des cercles familiaux des enfants (MENJE, 2018). Dans un souci de cohérence et de continuité, l’apprentissage du français au cycle 1 et aux cycles suivants1 de l’école fondamentale est adapté par la suite (MENJE, 2017), le but étant de mettre en place une « nouvelle approche pour un apprentissage progressif et cohérent du français, dès le plus jeune âge et à travers l’ensemble du système éducatif » (MENJE, 2018, p. 2).

12Rappelons que jusqu’à la rentrée 2017, les élèves au cycle 1 étaient mis en contact avec la langue luxembourgeoise comme seule langue d’enseignement. Dès le passage au cycle 2, les enfants étaient alphabétisés en langue allemande pour entamer, au courant de la seconde année du cycle 2, l’apprentissage du français uniquement à l’oral (MENJE, 2017). Au cycle 3, l’apprentissage du français écrit venait s’y ajouter. Or, en pratique, dans beaucoup de cas, les enfants se voyaient déjà confrontés au cours du cycle 2 au français écrit et au système graphophonologique de la langue française tandis que la maîtrise de la correspondance entre graphèmes et phonèmes en langue allemande n’était pas encore assurée.

13Désormais, depuis septembre 2017, les missions du cycle 1 englobent également l’initiation à la langue française. À côté du contact avec la langue luxembourgeoise, qui sert de langue de communication commune à tous les enfants, les enfants développent un « accès naturel et décontracté au français, à travers des activités à caractère ludique » (ibid.). Parallèlement, l’enseignant encourage les enfants à s’exprimer dans les langues parlées à la maison dans le but de construire des liens entre les différentes langues. Les enfants sont valorisés en tant que personnes plurilingues et rendus curieux pour les langues et les cultures qui les entourent. Afin de permettre à tous les enfants d’avancer à leur rythme, aucun niveau socle à atteindre impérativement n’a été fixé à ce stade de la scolarité (ibid.). Par souci de progression cohérente, les enfants continuent désormais l’apprentissage du français à l’oral à leur entrée au cycle 2 et non à partir du deuxième trimestre du cycle 2.2, comme c’était le cas auparavant (ibid.). Par rapport à l’ancien système, l’accent est mis davantage sur le développement de compétences communicatives à l’oral. Dans cette première phase d’exploration, qui recouvre les cycles 1 et 2, l’enfant a donc plus de temps pour développer la compréhension et la production orales en langue française, grâce à une approche ludique, interactive et centrée sur l’apprenant. L’objectif poursuivi est que l’enfant puisse « fonder son apprentissage sur le plaisir de communiquer dans cette langue » (MENJE, 2018, p. 2). Le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse résume ainsi le cœur de la nouvelle approche :

Les premières années de contact avec une langue ont un effet déterminant sur la motivation à apprendre cette langue. Cette préoccupation pédagogique fondamentale est au cœur de la nouvelle approche : susciter chez les enfants l’envie de découvrir le français et de s’exprimer librement, avant de débuter l’apprentissage du français écrit. Donner le goût du français est le meilleur investissement pour développer des compétences dans cette langue, et donc pour mieux réussir, à l’école comme dans la vie. (Ibid.)

14Aux cycles 3 et 4, qui forment la phase d’approfondissement, l’approche énoncée plus haut reste de mise et est complétée par le développement des compétences à l’écrit (MENJE, 2020). S’ensuivent une phase de consolidation du français aux classes inférieures du lycée et une phase de perfectionnement aux classes supérieures (ibid.).

15Or, Morys décrit, dans son étude, le gouffre existant entre l’école fondamentale et le lycée :

Von Vertretern der École Fondamentale werden die Reformverweigerung im Lycée classique, die negative und defizitorientierte Evaluationskultur sowie die hohen Anforderungen im Bereich Grammatik und Schriftsprache als Gründe angeführt, auch in der Grundschule keinen konsequenten Wandel zur Kompetenzorientierung vollziehen zu können, da man die Schülerinnen und Schüler auf die Erwartungen und den Unterrichtsstil im Lycée vorbereiten müsse. (Morys, 2019, p. 46)

Des représentants de l’école fondamentale évoquent les réfractaires à la réforme au lycée classique, la culture de l’évaluation négative et orientée sur les faiblesses des élèves ainsi que les exigences élevées en grammaire et en langue écrite comme arguments contre le passage à un enseignement par compétences dès l’école fondamentale, au motif de devoir préparer les élèves aux attentes et styles d’enseignement du secondaire. (Notre traduction)

16En même temps, des représentants de l’enseignement secondaire reprochent également à l’école fondamentale de ne pas encore avoir réussi à réformer l’apprentissage du français. Le premier contact avec la langue française serait marqué par le passage trop rapide d’une initiation ludique à une focalisation sur l’aspect normatif de la langue écrite; l’apprentissage de la grammaire en tant qu’objet d’étude serait couronné par un travail monotone sur papier de sorte que les apprenants ont déjà perdu tout plaisir avant d’arriver au lycée (Morys, 2019).

17La problématique devient de plus en plus claire. Reste à voir si le paysage scolaire luxembourgeois avec tous ses différents acteurs arrive à accorder ses violons pour permettre cet « apprentissage progressif et cohérent du français, dès le plus jeune âge et à travers l’ensemble du système éducatif », comme stipulé par le MENJE (2020, p. 2). Un manuel n’est pas un sésame pour le renouveau, mais un pavé semble être lancé dans la mare avec l’élaboration de nouveaux matériels didactiques pour l’apprentissage du français à l’enseignement fondamental.

Élaboration de nouveaux matériels didactiques pour l’apprentissage du français à l’école fondamentale au Luxembourg

Les matériels didactiques utilisés en classe sont indéniablement un des facteurs déterminants qui impactent la qualité scolaire. La modernisation des matériels revêt une importance essentielle : le ministère ambitionne de réviser ou de remplacer les manuels scolaires et autres supports didactiques pour mieux répondre aux besoins des élèves d’aujourd’hui et garantir un apprentissage en phase avec l’évolution de notre société. (MENJE, 2018, p. 2)

18Pour répondre à ce besoin, un groupe de travail et de réflexion constitué de différents acteurs du monde professionnel de l’éducation a été chargé d’élaborer du matériel didactique pour l’apprentissage du français à l’aune des constats de l’étude de Nancy Morys. En juin 2019, le groupe a présenté la nouvelle méthode Salut, c’est parti ! qui a été généralisée dans les classes du cycle 2.1 en septembre 2019. Elle repose sur une approche favorisant le jeu, l’interaction, la communication et aussi la réflexion sur la langue. Les enfants apprennent le français en faisant régulièrement de petites activités langagières à caractère ludique. Ces activités peuvent facilement être intégrées dans d’autres disciplines, dans une logique d’ouverture et de comparaison des langues (MENJE, 2018). Au cycle 3, où le français écrit est introduit de manière plus systématique, un nouveau matériel didactique est paru en juillet 2020 sous le titre Salut, c’est magique ! , élaboré spécifiquement pour le contexte linguistique particulier du Luxembourg. Le groupe de travail en charge de son élaboration est composé d’enseignants de l’enseignement fondamental luxembourgeois et international, de directeurs de l'enseignement fondamental du Centre de logopédie et d’enseignants spécialisés pour les enfants à besoins spécifiques. Le suivi scientifique est assuré par Jean-Louis Chiss, professeur émérite en sciences du langage et didactique du français à l’université Sorbonne-Nouvelle et par Évelyne Rosen, maître de conférences en didactique du français langue étrangère à l’université de Lille.

19Salut, c’est magique ! englobe un ensemble de ressources pédagogiques, mis à disposition de manière progressive au fur et à mesure de sa conception. Il s’agit de onze livres thématiques élaborés selon une progression spiralaire des apprentissages. Un douzième livre présente des activités de révision sous forme de jeu d’évasion (escape game). Un treizième livre propose des projets applicables à différents moments du cycle 3. Enfin, l’ensemble est complété par treize guides pédagogiques pour les enseignants, un complément théorique, du matériel audio accessible par QR code, des fiches pour la classe avec jeux et aides à l’apprentissage, des cartes-images, un recueil de chansons, un complément littéraire, un espace digital (efrancais.lu) et une version numérique et interactive des manuels.

20Le nouveau matériel Salut, c’est magique ! est accompagné d’un matériel complémentaire, paru sous le titre « Les sons en français, c’est magique ! ». Ce dernier a été conçu spécialement pour faciliter la transition entre les cycles 2 et 3 en aidant les enfants à surmonter les difficultés rencontrées lorsqu’ils sont confrontés au nouveau système graphophonologique français. Les enfants sont assistés dans leurs premiers pas dans le décodage du français par un document reprenant les principales correspondances entre graphèmes et phonèmes ainsi que de nombreux jeux proposés dans une boîte de jeux.

21Depuis septembre 2022, les enfants ayant appris le français avec ces nouvelles méthodes au cycle 3 continuent leurs apprentissages au cycle 4 avec un nouveau matériel adapté à leurs besoins, sous le titre Salut, c’est à toi !.

Fußnoten

[1]

11L’école fondamentale au Luxembourg est organisée en quatre cycles de deux années. Le cycle 1, anciennement l’école maternelle, peut être élargi en amont à une troisième année d’enseignement précoce, avant le début de la scolarisation obligatoire, à l’âge de quatre ans.

Annotate

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