Conclusion : une approche renouvelée allant au-delà du matériel didactique
82L’apprentissage de la langue française à l’école fondamentale doit être réformé : pour cela un nouveau matériel didactique est développé. Qu’en est-il ? Tel a été notre point de départ.
83Le présent travail visait à élucider cette question en décrivant le renouveau depuis une perspective didactique et pédagogique et en se demandant quelles sont les réflexions sous-jacentes à l’élaboration de Salut, c’est magique ! Or, malgré ce qui précède, une réserve importante doit être émise : le matériel didactique n’est qu’une petite partie de toutes les composantes nécessaires pour aboutir à un changement de paradigme, pour ouvrir de nouvelles perspectives et pour créer des ponts :
Die Studie zeigt darüber hinaus, dass es innerhalb des Schulsystems nahezu unüberwindliche “Gräben” gibt, welche die Unterrichtsentwicklung im Fach Französisch blockierten: In den Interviews werden unterschiedliche ideologische Vorstellungen innerhalb der Lehrerschaft hinsichtlich der Ziele und Unterrichtsmethoden beschrieben. Während beispielsweise kompetenzorientierte, schüleraktivierende oder kommunikative Unterrichtsformen in vielen Grund- und Sekundarschulen bereits Anwendung fänden, zeigten sich Teile der Lehrenden kritisch gegenüber Reformen und innovativen Unterrichtsprojekten. Ein Festhalten an einer elitären Ausrichtung des Französischunterrichts mit form- und grammatikorientierten Schwerpunkten sowie an der traditionellen Selektionsfunktion seien verbreitet. […] Insbesondere in der Lehrerausbildung erwiesen sich diese Ideologien als blockierend, wenn junge Lehrende von ihren Ausbildungslehrern an den Schulen auf traditionelle, grammatikorientierte Unterrichtsformen festgelegt würden und es so zu deren Reproduzierung komme. (Morys, 2019, p. 46)
L’étude révèle par ailleurs l’existence de « fossés » infranchissables au sein du système scolaire, qui bloquent le développement didactique de la discipline français. Les interviews montrent des représentations idéologiques différentes au sein du corps enseignant quant aux enjeux et méthodes d’enseignement. Alors que, par exemple, des enseignements par compétences, dans une perspective actionnelle ou communicationnelle trouvent l’adhésion dans de nombreuses écoles fondamentales et de nombreux lycées, une partie des enseignants se montrent critiques à l’égard des réformes et des projets d’enseignement innovants. Un attachement à une orientation élitaire de l’enseignement du français axé sur la correction de l’orthographe et de la grammaire et sur sa vocation sélective demeure répandu. Ces idéologies se montrent paralysantes, en particulier au sein de la formation enseignante, quand de jeunes enseignants sont exposés par leur formateurs pendant leurs stages à des formes d’enseignement traditionnelles, centrées sur la grammaire, et suscitant de fait un processus de reproduction. (Notre traduction)
84Ce constat témoigne des résistances présentes. Dans ce contexte, les nouveaux matériels didactiques ne constituent qu’une proposition. Différentes approches peuvent évidemment être favorisées, mais un vecteur primordial de ce nécessaire renouvellement est bien la personne de l’enseignant qui accepte de s’ouvrir à l’inconnu et qui a le courage de faire évoluer ses convictions et représentations. À l’enseignement fondamental, les amarres ont été larguées. Pour engager cette réflexion commune et pour accompagner les enseignants dans la découverte progressive du nouveau matériel didactique, des formations continues et des échanges ont été organisés. Au cycle 2, les classes travaillent depuis trois ans avec le nouveau matériel Salut, c’est parti ! : les retours sont pour la majorité très positifs et plus de 800 enseignants travaillant au cycle 2 ont participé aux formations continues organisées par le groupe de travail. Pour le matériel Salut, c’est magique !, un cycle de formation en ligne a débuté en juillet 2020 et se poursuit tout au long des années scolaires 2020-2021 et 2021-2022. Toutes les six à huit semaines, entre 500 et 700 enseignants s’inscrivent pour assister à la présentation d’un nouveau livre de la série et d’un aspect didactique particulier, comme l’approche ludique, l’approche plurilingue, etc. Les enseignants se voient outillés de balises théoriques ainsi que d’idées concrètes de mise en pratique. Le grand nombre d’inscriptions pour chacune de ces formations témoigne du grand intérêt de la part des enseignants.
85Il faut profiter maintenant de cette énergie déployée pour se partager la responsabilité et lancer un débat au niveau sociétal.
Um blockierenden Unterrichtsvorstellungen, Spracheinstellungen und Sprachideologien langfristig entgegenwirken zu können, erfordere es einen gesellschaftlichen Aushandlungsprozess […] sowie eine durch das Bildungsministerium angestoβene, wissenschaftlich geführte Debatte darüber, wie modernes Sprachenlernen im Luxemburg des 21. Jahrhunderts aussehen kann. (Ibid., p. 44)
Pour contrer à long terme les représentations scolaires, linguistiques et idéologiques, il faudrait un débat au sein de la société, qui soit porté par le ministère de l’Éducation nationale et étayé scientifiquement, sur l’orientation à donner à un enseignement moderne des langues au Luxembourg au XXIe siècle. (Notre traduction)
86La réflexion commune au sujet de l’apprentissage de la langue française a été lancée à l’école fondamentale. Au lieu de déplorer l’inertie persistante du système, arborons de l’optimisme en nous souvenant qu’une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine.
87Finalement, recentrons la discussion sur ce qui est le plus important : l’enfant devant nous. En faisant abstraction de tous les débats théoriques, souvent, dans la situation concrète au quotidien, l’enseignant est amené à se poser une seule question : petit être humain devant moi, comment puis-je t’accompagner au mieux pour que tu puisses te développer, apprendre et grandir ?
88Face à cette question, si simple, si désarmante, mais si capitale, nous sommes contraints de nous souvenir de l’essentiel et d’allier nos forces pour que les langues soient pour nos enfants « un vecteur d’opportunité et de réussite » (Conseil de l’Europe, 2018, p. 25). Que les langues arrêtent de constituer des barrières, mais soient un tremplin pour la vie !