De la grammaire de phrase à la grammaire de texte : la complexité de l’apprentissage de la langue française à l’aide d’un manuel unique français
9Pour ce qui est de l’enseignement secondaire classique (ESC), le Luxembourg a ensuite profité de l’instauration du manuel unique en France pour remplacer à nouveau, à partir de la rentrée 1996, la Grammaire française classe de VII e VI e, V e et mettre cette fois-ci au programme officiel luxembourgeois la série Grammaire et expression parue chez Hachette Éducation en France. Les manuels de cette série, conformément aux nouveaux programmes français de l’époque, prenaient comme point de départ le repérage et l’observation d’un fait de langue à travers de courts textes pour l’étudier et l’expliquer avant de l’appliquer dans le cadre d’exercices de grammaire progressifs permettant à nouveau l’appropriation des notions grammaticales au programme. Cependant, l’étude du français ne visait plus désormais la simple mise en place des notions définies par le programme officiel, mais se faisait à travers la volonté d’une « véritable structuration mentale » (Achard, Besson et Caron, 1996, p. 3). C’était du moins ce que briguaient les auteurs français de cette série de manuels qui ne se basait plus – comme c’était le cas des manuels luxembourgeois – sur la simple grammaire de phrase, mais se dirigeait davantage vers une grammaire de texte dans laquelle « le réinvestissement des acquis dans la découverte des textes d’auteurs et dans l’écriture personnelle est particulièrement apparent » (ibid.).
10Mais il n’a pas fallu attendre longtemps car, au début des années 2000, nous avons pu assister à un nouveau revirement dans l’attitude des enseignants de français au Luxembourg. Certains membres de la Commission nationale (des programmes) de français pour l’enseignement secondaire classique ont alors fait part des reproches de leurs collègues concernant ces manuels uniques conçus pour la France, affirmant qu’ils mettaient trop l’accent sur l’importance du savoir grammatical au lieu de se baser sur la transmission de celui-ci. Ils attiraient aussi l’attention sur la spécificité de l’enseignement des langues dans notre pays à la politique langagière si complexe. Il en a été régulièrement discuté lors des séances officielles de la CN(P) à partir de l’année scolaire 2004-2005 – l’année de mes premiers pas dans l’enseignement – et il a enfin été décidé qu’il était temps, après plusieurs années de travail avec des manuels français, de développer à nouveau des manuels scolaires se focalisant davantage sur nos spécificités luxembourgeoises.
11Sous la tutelle de la ministre de l’Éducation Anne Brasseur, un groupe de quatre enseignants de français (Franck Colotte, Claudine Margue, Alain Wagner et Nicole Wolter) a donc relevé le défi lancé par la CN(P) pour élaborer la version provisoire d’un manuel de français : Repères. En coopération avec la maison d’édition française Clé International, celui-ci parut ensuite sous le nom de Portail (1, 2 et 3), « manuel de grammaire française » utilisé au cycle inférieur de l’enseignement secondaire classique et officiellement au programme à partir de la rentrée 2007-2008, pour une durée de dix ans. Avec cette méthode, les auteurs, qui affirment que « les savoirs et les savoir-faire grammaticaux sont censés permettre à l’élève de s’exprimer correctement », voulaient « harmoniser les atouts traditionnels d’un cours de grammaire charpenté avec rigueur, d’une part, et la nécessité d’accorder un plus grand poids à la mise en pratique des connaissances linguistiques, d’autre part » tout en tenant compte « du statut particulier du français dans l’enseignement luxembourgeois » (Colotte et al., 2006, p. 3) : pour chaque unité, à un texte introductif servant de déclencheur, les auteurs ajoutent un exposé grammatical théorique synthétisé par une rubrique « L’essentiel » et illustré par des exercices de nature variée et de difficulté graduelle, ainsi qu’une partie consacrée aux conjugaisons et aux expressions verbales.