Vers une autre formalisation possible des disciplines scolaires : « noyau » et configurations disciplinaires
29Si l’analyse des différentes dimensions conduit au constat de multiples formes d’actualisation des disciplines scolaires que nous avons appelées des configurations disciplinaires, cela ne doit cependant pas occulter le fait que ces configurations s’organisent autour de ce que j’ai appelé des « noyaux » des disciplines.
Définir et formaliser autrement les disciplines scolaires
30En effet, ces configurations peuvent être regroupées dans la mesure où certaines d’entre elles sont coréférentes. Elles renvoient aux mathématiques, à l’histoire… et pas à une autre matière ou discipline. Cela signifie qu’elles renvoient à un « noyau structurel » articulant un découpage du monde (les objets/les contenus qui entrent dans le périmètre de la discipline considérée), une perspective sur ce domaine (un regard, une manière de l’appréhender) et des débats qui concernent découpage, perspective, pratiques, visées…
31La conception de la discipline est alors celle d’une construction sociale de durée variable, constituée d’une base commune, constitutive de son identité, et de variations possibles et réalisées. Dans cette perspective, les configurations disciplinaires sont donc des contextualisations / adaptations des disciplines et des positions possibles au sein des débats qui accompagnent les disciplines. Elles actualisent le noyau et le construisent en retour.
L’enseignement de la littérature
32J’avancerai à titre de débat que le « noyau » de l’enseignement de la littérature pourrait ainsi être organisé autour :
- d’un découpage du monde : essentiellement des écrits, plutôt valorisés, principalement fictionnels, sans exclusion de contenus ou de styles mais aux contenus et aux manières d’écrire plutôt indépendants de ceux des formations sociales courantes, professionnelles, administratives ;
- d’une perspective sur ce domaine du monde : articulant description et valorisation, avec une importance accordée au langage et aux dimensions formelles des œuvres ainsi qu’à une vérité sur l’humain ;
- de débats qui portent sur le domaine (les auteurs retenus ou non, les œuvres écrites ou orales, exclusivement légitimes ou non, les genres, les époques, la langue de ces œuvres…) ; sur la perspective (décrochée de tout utilitarisme ou non ; plutôt valorisante ou descriptive ; analytique ou expressive ; normative ou non…) ; sur les visées (initiation à la lecture, à la littérature, à l’art, participation à la construction de l’identité nationale, mise en place de mécanismes de distinction et/ou de sélection…) ; sur la manière d’enseigner : impositive, charismatique…