La situation de l’enseignement du français
au cycle moyen de l’ESG
11Avant de proposer une définition de cette méthode et de montrer comment l’appliquer concrètement en cours de français en travaillant avec les manuels Itinéraires 1 et 2, il semble opportun de résumer brièvement la situation de l’enseignement du français au cycle moyen de l’ESG ainsi que les défis qu’il pose afin de permettre de comprendre le contexte dans lequel ces manuels ont été créés et l’approche qui a été choisie par ses auteures.
12Nous avons vu que la réforme du lycée dans les classes supérieures de l’ESG et l’introduction des cours de base et avancé avaient notamment comme objectif d’empêcher que le déficit dans l’une des deux langues, allemand ou français, devienne un obstacle à la fois à la réussite scolaire et à l’adhésion à l’apprentissage des langues officielles du pays. Notons qu’il y a une corrélation étroite entre ces deux éléments. En effet, l’adhésion s’est souvent transformée en rejet en raison du poids décisif que les résultats dans ces deux branches pouvaient avoir sur l’orientation scolaire des élèves, d’où le grand nombre d’élèves qui, à la fin de la classe de troisième, année d’enseignement jusqu’à laquelle le français était obligatoire, décidaient de laisser tomber le français au profit de l’allemand. L’allemand, qui restera pour l’instant langue première d’alphabétisation jusqu’en 2026, année pour laquelle une généralisation de l'offre de l’alphabétisation en français au cycle 1 au niveau national pourra être décidée6, est plus proche de la langue de communication qu’est le luxembourgeois. Le français, au contraire, en raison notamment d’un manque de socialisation dans cette langue, est jugé comme langue de sélection et considéré comme plus difficile. Langue enseignée et langue d’enseignement, le français demeure également la langue la plus répandue au travail7 et la langue d’intégration de nombreux primo-arrivants.
13Cependant, pour un grand nombre d’élèves de l’ESG dont la première langue n’est pas le français, voire une langue romane, l’apprentissage du français demeure strictement scolaire et souvent source d’échec (MENJE /Université de Luxembourg, 2015, p. 69), Les défiances envers cette langue ont souvent mené à un réel découragement des élèves en difficulté, qui se faisait ressentir en cours de français et qui demandait beaucoup d’engagement de la part des enseignants soucieux de montrer la diversité et la richesse de la culture française et qui ne peuvent pas être réduites à la seule maîtrise de la langue. Dans les faits, à un moment donné, la langue française risquait de devenir la mal-aimée du système éducatif luxembourgeois, ce qui était, selon Marc Barthélemy, à l’époque premier conseiller de gouvernement du ministère de l’Éducation nationale et président du Conseil permanent de la langue luxembourgeoise, dû à la façon dont elle était enseignée (Orlandi, 2014). Reformer les critères de promotion était par conséquent une démarche importante pour remédier au découragement et au manque d’intérêt pour le français. De même, l’introduction, en 2016, d’un programme plurilingue dès la petite enfance (MENJE, 2016) instaure un contact ininterrompu avec le français. Mais pour qu’une discipline puisse maintenir une certaine attractivité malgré les difficultés qu’elle risque de poser et pour renforcer la volonté de surmonter ces difficultés, il faut relever ses points de connexion avec le monde réel et les autres disciplines, et par conséquent favoriser une approche interdisciplinaire. Selon Fontolliet :
L’interdisciplinarité est ce qui manque aux disciplines pour rendre compte de la réalité. Elle établit des liens, des ponts ; elle met en évidence des interactions, des différences, des complémentarités, des analogies, des questions mutuelles entre les disciplines. (Fontolliet, 2002, p. 39)
14En intégrant l’interdisciplinarité aux programmes scolaires, on devrait arriver à redynamiser l’enseignement du français et à remédier aux craintes d’échec.
15Bien que les versions numériques enrichies d’Itinéraires 1 et 2 aient été adaptées ultérieurement aux exigences de la différenciation entre niveaux de base et avancé, au début du projet, cette réforme n’était pas encore en vigueur. Il s’agissait à l’époque d’une volonté commune des enseignants de français et du SCRIPT, de mettre à disposition un matériel didactique adapté au système scolaire luxembourgeois et à la culture disciplinaire au secondaire pour rendre la discipline plus attractive. Le groupe de travail en charge de l’élaboration des deux manuels étaient missionné en ce sens.
Fußnoten
12La décision d’une généralisation dépendra des résultats du bilan intermédiaire évaluant le projet pilote d’alphabétisation en français qui a démarré à la rentrée 2022-2023 et dont les quatre écoles fondamentales communales participant ont été retenues sur base de la composition hétérogène de leur population scolaire. Ce projet constitue donc une autre étape importante dans la prise en compte de la diversité de la population scolaire (MENJE, 2023 d).
12Voir Reiff et Neumayr, 2019.