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« Laisser libre cours »: Contexte : vers une didactique du français au Luxembourg ?

« Laisser libre cours »
Contexte : vers une didactique du français au Luxembourg ?
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Notes

table of contents
  1. Book Cover
  2. Title Page
  3. Editorial
  4. Laisser libre cours !
  5. Contexte : vers une didactique du français au Luxembourg ?
  6. Présentation du volume
  7. Didactique de la langue : quels besoins des élèves en contexte plurilingue ?
  8. Didactique de la littérature : l’enseignement-apprentissage de la littérature comme noyau disciplinaire
  9. Élaboration d’outils didactiques : la refonte des manuels au creuset d’une refonte disciplinaire ?
  10. Parcours d’enseignant·e·s : formation et expériences
  11. Remerciements
  12. Bibliographie

Contexte : vers une didactique du français au Luxembourg ?

3Ainsi l’obligation du français dans le système scolaire luxembourgeois, inscrite pour la première fois dans la loi sur l’enseignement primaire de 1843, repose-t-elle davantage sur une volonté politique (Fehlen, 2015) que sur une réalité sociologique ou une finalité pédagogique. Cette décision a toutefois permis l’essor du Luxembourg comme pays trilingue. Cette identité culturelle et linguistique est et demeure au cœur de son système scolaire. L’enseignement du français – tout comme d’ailleurs en France, en Belgique, voire en Suisse – y paraît pourtant « en crise2 » quasiment de manière permanente, suscitant des réactions parfois vives sur une impression de « recul du français » face à sa constante nécessité au Luxembourg, en particulier sur le marché du travail (ibid.), posant dès lors la question de l’(in)adéquation de son enseignement3. Les résultats des « Épreuves standardisées » 2020-2021 montrent une relative stabilité du niveau de compréhension de l’écrit en français des élèves en classe de septième et de cinquième secondaire, avec néanmoins un écart considérable entre les voies classique et générale pour ce qui est des élèves atteignant un niveau supérieur de compréhension4. Finalement, ces constats témoignent d’une certaine vitalité du sujet dans les débats publics sociétaux, culturels, politiques, et dont l’école et ses acteur·rice·s ne peuvent se détourner. Ainsi, si « crise du français » il y a – ce qui n’est pas dit –, celle-ci ne gagnerait-elle pas à être pensée sur un plan plus strictement didactique, dans une volonté de mettre à jour pour mieux y remédier le hiatus entre les attentes sociétales et institutionnelles et le « vécu disciplinaire » des élèves, c’est-à-dire « les sentiments et les émotions qui […] sont associées » aux disciplines scolaires (Reuter, 2016, p. 11).

4L’entrée en vigueur, de concert avec les autres pays de l’Union européenne, de l’enseignement et de l’évaluation par compétences a entraîné une véritable refonte des approches au niveau de la différenciation entre production et compréhension. La fonction et la place accordées à l’oral dans les processus d’enseignement-apprentissage ont été reconsidérées. La décision de rendre équivalents dans l’accès aux études supérieures les diplômes de fin d’études secondaires classiques et générales a exigé une révision des finalités des disciplines « français » dans les deux ordres d’enseignement. Les réformes portant sur les voies de spécialisation ont nécessité des réajustements successifs au niveau des heures de cours consacrées à la discipline « français ». Dans ce contexte, le choix laissé aux élèves quant aux épreuves de langues à passer à l’examen de fin d’études secondaires a également eu des répercussions sur la discipline en contribuant à l’image du français comme « langue de sélection » dans le système scolaire luxembourgeois et au-delà dans la société. Enfin, depuis la loi de 2017, la mise en place d’une différenciation entre niveau de base et niveau avancé dans l’enseignement secondaire général a exigé des enseignan·t·e·s une réelle réorganisation et réorientation de l’exercice de leur métier dans les mises en œuvre didactiques, la gestion de classe et l’évaluation.

5Ces récents jalons de l’évolution de l’enseignement du français au Luxembourg ont été accompagnés au niveau institutionnel et au niveau des pratiques sur le terrain par les acteur·trice·s de l’enseignement. Leur engagement a permis les applications concrètes de ces réformes. Des groupes de travail se sont formés, pilotés par le SCRIPT (Service de coordination de la recherche et de l’innovation pédagogiques et technologiques), autour de la (re)définition des objectifs d’apprentissage aux différents cycles et dans les différentes voies du secondaire et partant autour de la nécessité d’élaborer des outils didactiques destinés aux lycéens luxembourgeois, dont la formation est empreinte de l’« alphabétisation successive » (Weth, 2018, p. 145) en allemand puis en français. Cette spécificité est prise en compte au niveau institutionnel à travers la volonté de développer des didactiques de langues destinées à des élèves formés dès leur plus jeune âge dans un environnement multilingue. Par ailleurs, entre autres à la suite de la publication du Rapport national sur l’éducation 2021, le projet pilote « Zesumme wuessen ! Alphabétiséierung op Franséisch » d’alphabétisation parallèle en français et en allemand est lancé dans quatre communes du pays, à la rentrée 2022-20235.

6Au-delà d’une harmonisation des pratiques et des compétences évaluées, l’élaboration de manuels de français6 actuellement pour les classes de septième à troisième de l’enseignement secondaire général et pour les classes de septième à cinquième de l’enseignement secondaire classique a permis une réflexion généralisée sur les spécificités de l’enseignement-apprentissage du « français » au lycée luxembourgeois et éveillé la « conscience disciplinaire » (Reuter, 2003) tant chez les enseignant·e·s que chez les élèves. La Belgique (Berre, 2021) et la Suisse, pays qui, avec le Canada et le Luxembourg, pourraient être considérés comme formant la francophonie du Nord, ont développé plus tôt des didactiques spécifiques, en phase avec les réalités sociolinguistiques et culturelles respectives de leur pays. La forte croissance démographique ainsi que la forte immigration allophone que connaît le Luxembourg depuis plusieurs décennies ont incité ces dernières années une émancipation didactique et pédagogique, qui se traduit notamment par une plus grande autonomie accordée aux établissements scolaires, dont les créations de lycées internationaux sont un exemple emblématique. Les apports scientifiques de l’université du Luxembourg en sciences de l’éducation et en éducation plurilingue, dont rendent compte les rapports nationaux sur l’éducation, pointent la nécessité de déterminer les particularités du système scolaire luxembourgeois, en confrontant, d’un point de vue synchronique et diachronique, les expertises du terrain et de la recherche, nationale et internationale. La formation des enseignant·e·s – par la mise en place d’un master en enseignement secondaire à l’université du Luxembourg, facultatif dans l’accès à la profession, et la réforme des formations initiales et continues à l’IFEN (Institut de formation de l’Éducation nationale), obligatoires pour tou·te·s les enseignant·e·s indépendamment de leur statut (fonctionnaire ou employé·e) – favorisent encore les échanges entre praticien·ne·s et chercheur·e·s et nourrissent la réflexion sur les compétences disciplinaires et didactiques à acquérir, à développer et à concilier par les enseignant·e·s de français au Luxembourg présen·te·s et futur·e·s.

7Toutefois, une réflexion sur l’enseignement du français au Luxembourg, de même que pour les autres disciplines enseignées, ne saurait se défaire de considérations plus larges sur le système dont il est un rouage – en l’occurrence un rouage essentiel au vu des exigences linguistiques de l’école, de la société et de l’économie luxembourgeoises. Le français revêt de fait différentes fonctions dans l’école luxembourgeoise : langue de socialisation, aux côtés du luxembourgeois dès l’enseignement précoce, le français est langue de communication (scolaire et extrascolaire), langue enseignée, langue d’enseignement et depuis peu langue d’alphabétisation. Sa maîtrise est un critère au niveau de l’employabilité sur le marché luxembourgeois. L’enseignement-apprentissage du français doit également être pensé aujourd’hui dans le contexte de digitalisation des savoirs et des apprentissages. Enfin, la discipline « français » au Luxembourg se vit dans ses liens avec les autres disciplines scolaires et se confronte de fait aussi aux défis que lance un monde ébranlé par les inégalités, les guerres, le changement climatique, la révolution numérique, les crises à répétition (financière, migratoire, sanitaire…). Ces « questions vives » de notre société constituent, sous des formes plus ou moins investies et explicites, les contenus des cours de langue, discutés à l’écrit comme à l’oral et explorés dans les littératures en langue française passées et présentes.

Fußnoten

[2]

3De nombreux travaux sont consacrés au paradigme de la « crise » dans l’enseignement du français, souvent pour le déconstruire d’ailleurs à l’aune des représentations linguistiques et culturelles en cours. Voir entre autres Bally ([1930] 2004) ; Chiss (2010) ; Klinkenberg (1993) ; Viala (2020).

[3]

3Le reproche d’un enseignement trop normatif nourrit une représentation souvent négative de l’enseignement du français au Luxembourg, relayée parfois par les responsables politiques. La série d’interviews menée par le quotidien Luxemburger Wort sur le rapport à la « langue de Molière » des députés à la veille des élections législatives de 2018 témoigne de cette tension (www.wort.lu/fr/luxembourg/face-aux-deputes-5a5b1479c1097cee25b7bcb3). Voir à ce sujet également Reisdoerfer (2019).

[4]

3« Les “Épreuves standardisées” (ÉpStan) servent d’outils de monitoring scolaire au Luxembourg et se composent de tests et de questionnaires […] [qui] évaluent de manière standardisée les compétences dans les domaines clés de la formation scolaire ou des aspects centraux de la qualité de l’enseignement, du climat d’école et de classe et de la motivation des élèves à apprendre » (www.epstan.lu). Alors qu’en 2021, en classe de 5e (c’est-à-dire à la fin des classes inférieures), 18 % des élèves de l’ESC atteignent le niveau supérieur de compréhension (niveau 4), ce ne sont que 5 % des élèves dans l’ESG. Voir les résultats nationaux des épreuves sur la page « Tableau de bord » de la plateforme : https://epstan.lu/fr/landing-page-fr/.

[5]

5Voir la présentation sur le site du ministère : https://men.public.lu/de/actualites/communiques-conference-presse/2022/05-2022/projet-pilote-alphabetisation-francais-ef.html.

[6]

6Pour les classes inférieures de l’ESC, le programme prévoit les manuels Bleu, blanc, rouge, 1-3, ainsi que les anthologies de textes Fil d’Ariane, 1-3, tous élaborés pour les cours de français au Luxembourg. De même, à l’ESG, la série Envol, 1-3 a été développée pour les classes inférieures et la série Itinéraires, 1-2 pour les classes de quatrième et troisième.

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