La « différenciation » externe
10Ceteris paribus, l’illusion de l’homogénéisation est un tonneau des Danaïdes, pourtant éreinté par les recherches en sciences de l’éducation (Monseur et Lafontaine, 2009 ; Felouzis, 2020). Certaines affirment qu’elle ne permet ni d’augmenter le niveau moyen des élèves, ni de faire progresser les élèves les plus avancés, ni de réduire les écarts entre élèves (Draelants et Dupriez, 2004). Les études de Slavin (1990) reprises par Crahay (2000) vont dans ce sens. Selon eux, le caractère homogène ou hétérogène du groupe-classe ne produirait pas d’effet sur la performance moyenne des élèves ou sur des groupes spécifiques. Et les deux auteurs de soutenir le maintien des classes hétérogènes, dans la mesure où les recherches ont montré l’absence de gain lié à l’homogénéisation. Ces études ont été menées dans un contexte expérimental. Les recherches « en milieu » (Kerckhoff, 1986 ; Betts et Shkolnik, 2000) sont plus alarmantes puisqu’elles aboutissent à l’idée que l’organisation de classes de niveau tend à accroître les écarts entre les élèves dans la mesure où ces dispositifs pénalisent les plus faibles et favorisent légèrement les élèves forts. Ainsi, la gestion de l’hétérogénéité par homogénéisation et groupes de niveau est, au mieux, favorable aux élèves les plus forts puisque ceux qui savent constituent un milieu favorable à l’apprentissage pour les autres (Galand, 2009, p. 21). La multiplication des règles et la volonté de contrôle du gouvernement ont donc accouché d’un système potentiellement vidé de sa substance dans le cadre d’une « différenciation » externe des CA/CB. Les lignes qui suivent tentent de démontrer, d’un point de vue pédagogique et motivationnel, l’inutilité, voire la contre-productivité, de cette réforme, quand bien même elle serait menée de manière interne. Des pistes de réflexion pour lutter efficacement contre l’indifférence aux différences, en particulier dans l’enseignement du français au Luxembourg, sont ensuite proposées. Nous nous appuyons sur un sondage réalisé dans le cadre de cet article sur un échantillon de 25 professeurs de français et de 259 élèves luxembourgeois issus de différents lycées (196 sont en cours avancé ; 63 sont en cours de base).