Conclusion
23En somme, la réforme CB/CA est davantage une différenciation institutionnelle en filières qui s’inscrit dans ce qui a été fait depuis des siècles sans rien changer. Elle amplifie certaines problématiques en stigmatisant des élèves et en contrariant la différenciation pédagogique. Loin de nous l’utopie d’une école sans inégalités : elles existeront toujours et ne sont d’ailleurs pas le cœur du problème (personne ne critiquerait une école remplie d’élèves bons, très bons et excellents). Le mal vient de l’échec scolaire et des déterminismes sociaux. La mobilité dans le système scolaire est limitée par une séparation institutionnelle qui mine la confiance en soi des élèves les plus faibles et qui donne l’impression de différencier les apprentissages sans accorder aux professeurs les moyens à la hauteur des enjeux. Comme l’écrit Perrenoud, « l’enfer des dispositifs didactiques est pavé de bonnes intentions ! » (Perrenoud, 2016, p. 139). Le système actuel l’illustre et la bonne volonté des décideurs, dont nous ne doutons pas, gagnerait à être réorientée. Si des remaniements structurels sont menés dans un souci de flexibilité, ils doivent s’évertuer à accorder aux professeurs plus de temps, plus de confiance, et encourager les échanges formatifs dans ce domaine. S’attaquer à la différenciation par une méthode contraignante et nationale équivaut à combattre l’iniquité par le morcellement, à se bercer d’illusions et normaliser l’échec.