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Les groupes de base et avancés à l’épreuve de la différenciation pédagogique: Un carcan institutionnalisé

Les groupes de base et avancés à l’épreuve de la différenciation pédagogique
Un carcan institutionnalisé
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Notes

table of contents
  1. Book Cover
  2. Title Page
  3. Editorial
  4. Introduction
  5. La réforme
  6. La « différenciation » externe
  7. L’obsession pour les notes
  8. La sélection en lieu et place de la différenciation
  9. L’impact psychologique
  10. Un carcan institutionnalisé
  11. Soutenir plutôt que contrôler
  12. Conclusion
  13. Références bibliographiques

Un carcan institutionnalisé

17La différenciation structurelle n’est pas pédagogique. Or, c’est bien d’un point de vue didactique que les choses doivent changer afin que les apprentissages soient réellement différenciés. Les contraintes d’organisation ou de temps amènent les professeurs à choisir de se sécuriser (nous l’avons observé avec les revendications syndicales). La différenciation successive qui alterne divers outils et différentes situations d’apprentissage nécessite de la flexibilité. La différenciation simultanée est encore plus complexe à mettre en œuvre. Elle est le fait que, dans une classe, les élèves s’adonnent à des activités diverses qui correspondent à leurs ressources et à leurs besoins. Dans les deux cas, plusieurs éléments entrent en jeu : d’abord la diversification, c’est-à-dire la variation des situations d’apprentissage, des groupements des élèves, des consignes et des supports ; ensuite l’individualisation qui revient à s’occuper, lorsque c’est nécessaire, d’un élève à la fois, à proposer des tâches individuelles et progressives ; enfin, les remédiations au sein du groupe-classe qui invitent à créer des dispositifs particuliers pour les élèves en difficulté tout en donnant aux autres l’opportunité d’avancer. La réforme telle qu’elle a été conçue n’encourage pas la différenciation pédagogique comme nous l’avons définie dans cet article. Au contraire, elle uniformise institutionnellement les pratiques et limite les marges de manœuvre des enseignants. La flexibilité qu’elle invoque n’en est pas une. Nous l’avons vu au niveau psychologique chez les élèves, mais c’est également le cas pour le travail des enseignants. Seulement 28 % des professeurs interrogés jugent la réforme pertinente. Nous ne parlons pas uniquement du temps passé à la pondération des évaluations certificatives et qui est nécessairement du temps en moins pour la didactique. La construction des cours différenciés selon le modèle CA/CB empêche également d’autres modes de fonctionnement plus utiles et plus adaptés (par compétences par exemple). L’expérience des professeurs interrogés dans notre sondage va dans ce sens : « Je m’adapte en général au niveau de mes élèves et la séparation groupe de base/groupe avancé n’est pas si pertinente que cela (j’ai plusieurs élèves de cours avancé qui ont bien plus de mal que d’autres en cours de base) » ; « Pour beaucoup d’élèves, la répartition entre base et avancé n’est pas forcément pertinente, car bon nombre sont forts à l’oral mais faibles à l’écrit (souvent des francophones), et inversement (souvent les non-francophones). »

18Les groupements d’élèves doivent être faits par le professeur, selon sa classe et les objectifs de la séquence. Ces groupes épisodiques de besoin (et non de niveau) qui s’inscriraient dans le temps didactique et non scolastique seraient plus flexibles et plus utiles pour les élèves puisque mieux adaptés, mais également plus générateurs de confiance en soi. Mais comment mettre en place de tels groupes en évitant l’écueil du « millefeuille » des dispositifs ? En pratique, le système CB/CA donne le sentiment de différencier les apprentissages. Or nous avons observé que la différenciation pédagogique maîtrisée demande plus d’efforts : risque de perte de contrôle du groupe-classe, nécessité de travailler avec l’imprévu, difficulté de trouver du temps et des idées (Zakhartchouck, 2001). L’enseignant doit savoir se remettre en question, être flexible et accepter de ne pas tout maîtriser. Il n’est pas étonnant que lorsque l’on propose un « package » institutionnel, certains professeurs s’en contentent, au prix d’un travail qui, bien que chronophage, reste guidé et « cadre » légalement le problème tout en faisant fi de « l’insoutenable légèreté de la pédagogie » (Meirieu, 1996, p. 18) pourtant nécessaire. La route tracée par la législation n’incite pas les professeurs à emprunter les chemins de traverse dont a besoin la différenciation. En cela, elle étiole les innovations didactiques. Il faut pourtant faire le deuil des solutions uniques et des systèmes éducatifs mis en place mécaniquement.

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